
PE Beaudoin, batteur le plus en demande au Québec et esprit d’une créativité débordante, Lou-Adriane Cassidy, plus grande autrice-compositrice de sa génération et interprète incandescente, Hubert Lenoir, artiste visionnaire, prince de la musique keb et iconoclaste en règle, et Alexandre Martel, réalisateur derrière les disques les plus acclamés des dernières années et connu pour se cacher derrière Anatole, forment DOODOODOO.
Mars 2019, Hubert Lenoir s’envole pour le Japon avec PE Beaudoin, Alexandre Martel et Félix Petit pour donner un concert. Dans le but de travailler sur de la nouvelle musique, dont certains fragments se retrouveront sur Pictura de Ipse plus tard, Lenoir décide d’enregistrer au Red Bull Studio de Tokyo pour deux jours. Le matin de la première journée se verra consacré à un exercice d’improvisation, sorte de boutade envisagée avec beaucoup de sérieux : PE Beaudoin, un peu grisé par le décalage horaire et le Suntory, s’assoie derrière sa batterie pour donner une improvisation de 30 minutes, top chrono. Une seule prise, pas de reprise. Dans la régie, Alexandre, Félix et Hubert traitent les sons que PE tire de son instrument en temps réel à l’aide de pédales d’effets et de modules classiques de l’enregistrement, notamment le H3000 et le Chorus Echo SRE-555. PE, qui perçoit par ses écouteurs comment ses acolytes triturent son improvisation, réagit à ce qu’il entend, joue avec ce que les effets lui inspirent. Un véritable échange s’effectue donc entre les musiciens, chacun donnant réponse à ce que les autres font: de là nait la musique. Ainsi, presque la totalité des sons que vous entendez sur le disque ont à leur origine une cymbale, un coup de snare, un fill de toms. Une bouteille de Suntory plus tard, le travail est bouclé, on passe à autre chose.
Avance rapide, l’automne arrive, la tournée Darlène se poursuit et Lou-Adriane, intriguée par les bribes de sessions que les garçons font jouer dans la van, se joint à l’aventure. Un projet se dessine : mixer l’album chronologiquement en improvisant aussi, en saisissant les idées au vol, sans jamais repasser sur ce qui a été fait, poussant de fait l’idée de l’instantanéité jusqu’au bout. Les sessions sont envoyées depuis Tokyo, PE les télécharge, le lien de téléchargement expire avant que les trois autres puissent faire de même. Puis, l’ordinateur de PE plante. Assez pour qu’il ne puisse plus accéder aux fichiers dont ils ont besoin pour mixer. Un gourou du disque dur tente de récupérer les fichiers en question. Il réussit en partie, mais lorsqu’ils reviennent du néant numérique, la majorité des pistes sont inutilisables. Remplies de glitchs, de bouts d’autres chansons qui se trouvaient également sur l’ordinateur de PE, les tracks sont devenues sans qu’on sache pourquoi des mashups des enregistrements de Tokyo, de bruits de banshee digitale et de Poussière de Lou-Adriane, distortionnée jusqu’à la défiguration. On tente de les récupérer depuis Tokyo, mais les sessions ont malencontreusement été effacées de l’ordinateur du studio Red Bull. Les quatre musiciens décident alors de pousser l’exercice jusqu’à sa conclusion logique. Les pistes massacrées par leur sauvetage in extremis deviennent la base du processus de mix qui dès lors prend une avenue insoupçonnée. Sur quelques semaines, avec l’aide de Simon Pedneault et de Marius Larue, Alexandre, Hubert, PE et Lou-Adriane assemblent le disque qui finira par transcender le solo de batterie initial pour devenir une fresque à la limite de l’expressionnisme, quelque part entre la violence du métal et le côté éthéré du new age, entre la batterie jazz et les breakbeats hip hop.