Saratoga a fait le pari de la lenteur en partant, il y a de ça sept ans. Le pari de l’économie de moyens, de faire carrière en brassant le moins d’air possible, avec la confiance que le message passe encore mieux s’il est murmuré. Le pari d’arriver au silence par la musique.

Pour le projet Forêts l’idée était simple : bousculer les acquis, tout en affinant la démarche déjà entamée. Ça a commencé par le désir de travailler sans les mots, sans la charge mentale et émotive qu’ils peuvent imposer à l’écriture d’une chanson. Il fallait faire sobre et ambiant, mais néanmoins lumineux et brillant. Saratoga s’est présenté au studio Wild en décembre avec la tête claire, avec l’idée de transposer en musique ce que lui évoquerait le lac fraîchement gelé, visible par la grande baie-vitrée.

Le duo est devenu quatuor pour l’occasion avec l’ajout de Guillaume Bourque (Tsuki Mauro, krach/sons d’oiseaux) et Mathieu Charbonneau (Charbonneau/Amato, Synth Works vol 2), ayant chacun produit de leur côté deux des plus excitants albums instrumentaux de 2022. Outre le fait que Bourque ait réalisé les précédents albums du groupe (Fleur - 2016, Ceci est une espèce aimée – 2019), le nouvel ensemble en soi n’avait encore jamais joué avant le premier jour de studio. Au terme du cinquième, il en a résulté non seulement un album, mais aussi une formation nouvelle, avec son esthétique personnelle. Une vie parallèle pour Saratoga, jusqu’alors reconnu pour sa poésie et ses harmonies.

Les pièces de Forêts se veulent en quelque sorte la transposition musicale d’une marche dans le bois. Elles se posent, humbles et sereines, quelque part entre l’ampleur du territoire et les milliers de micro-organismes que comporte une poignée de terre. Elles se collent aux éléments, sans déranger le cours des choses.